Au coeur de l'Oisans et en fond, le massif du Taillefer  Passage du Tour de France cycliste 2003   église prieurale Saint-Pierre et route d'Huez  La marmotte des Alpes
 
De altis rupibus meis gardo 
Mairie de
La Garde-en-Oisans 

Commission Histoire de la Commune
 


Sous la direction de Pierre GANDIT,
Maire et Président de la Commission Histoire de la Commune



LES CLOCHES ACTUELLES
DE L'EGLISE PRIEURALE SAINT-PIERRE
DE LA GARDE-EN-OISANS


Août 2003

La sonnerie de l'église Saint-Pierre



Dossier établi par Albert MARTOUREY,
Vice-Président de la Commission Histoire de la Commune,
en collaboration avec Aurélien SOUSTRE.
 






Les cloches de l'église prieurale Saint-Pierre


Notre église Saint-Pierre, placée à pouvoir être vue (et entendue !) d'une bonne portion des communes du canton, domine depuis un temps immémorial l'immense plaine de la Romanche, au-dessus de l'ancien Saint-Laurent-du-Lac. Autrefois siège du prieuré du massif des Grandes-Rousses, l'édifice n'en demeure pas moins église paroissiale de La Garde-en-Oisans, église à laquelle est d'ailleurs accolé un clocher d'époque romane à l'architecture aussi surprenante qu'exceptionnelle… Mais la partie qui nous intéresse aujourd'hui est établie à environ huit mètres de hauteur, il suffit juste de lever les yeux vers le ciel comme pour espionner ce qui se passe derrière les baies de notre campanile, dans la chambre des cloches…

L'édifice campanaire de notre église, parmi les plus remarquables de l'Oisans, renferme un trésor certes retentissant mais trésor quand même : près d'une tonne d'un métal qui se place immédiatement au troisième rang parmi les métaux précieux après l'or et l'argent : du bronze s'il vous plaît !
Les propriétés sonores de ce métal sont telles, que l'homme les découvrit il y a 4000 ans (mais oui !) et, en renversant des vases faits de cet alliage, il en fit des cloches. Ainsi est née la campane, instrument de musique percuté, aux confins de la Chine. La sonnerie en présence se compose de deux cloches de volée anciennes. La petite se prénomme "Marie", la grosse, "Marguerite-Agathe"…
Qui aurait crû que ces deux dames - n'allez plus dire de fer ! - avaient autant de valeur. Un peu poussiéreuses, elles semblent aujourd'hui avoir définitivement adopté leur toilette vert-de-gris (le bronze étant alliage de 78% de cuivre et de 22% d'étain), ce qui n'altère en rien la qualité de leur chant retentissant, lorsque tout l'édifice s'anime et vibre au son de sa puissante voix d'airain.
Il est aussi utile de signaler que l'art campanaire connut de sérieux déboires durant les années 1790. Aussi, la petite "Marie" du fondeur AL BENGUE (coulée en 1728) est la seule de nos cloches qui ait survécu à ce que les campanologues appellent pudiquement "tourmente révolutionnaire". Pendant cette période, près de 100.000 cloches furent transformées en canons (suite à la déclaration "la Patrie en danger") ou en pièces de monnaie, usage pour lequel le bronze s'avéra finalement inadéquat. Nous ne pouvons que déplorer la disparition d'un patrimoine campanaire certainement très ancien ; en effet, l'an 817 avait vu un Concile fixer à deux minimum le nombre de cloches que devait posséder une église paroissiale (6 pour une Cathédrale). Aussi, nous savons avec certitude que le clocher prieural de La Garde comptait quatre cloches avant la Révolution et, le vol qui en a été fait de trois d'entre elles reste, pour moi, toujours impardonnable. Heureusement fut coulée "Marguerite-Agathe" en septembre 1838, pour effacer les effets de ce rapt. Nous ignorons tout de nos trois cloches disparues dans les fontes jacobines.
On peut également regretter le fait que le Conseil Municipal, dans sa séance du 4 septembre 1921, n'ait pas suivi la volonté d'un bienfaiteur qui souhaitait doter le clocher de son village natal d'une troisième campane "d'un poids minimum d'une tonne de mille kilogrammes".
Le brillant document ci-après réalisé par Albert MARTOUREY vous apportera tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur ce pan de notre patrimoine trop souvent oublié dans les inventaires parce que perché à plusieurs mètres de hauteur, dans des endroits bien souvent peu aisés d'accès. Il est vrai qu'au premier abord, l'ascension dans les entrailles de notre clocher peut paraître hasardeuse, mais il n'en est rien. Pas de monstre caché là-haut, juste quelques chauves-souris venues chercher un peu de sérénité au cœur de ces vieilles pierres.

Et pour conclure sur un conseil, méfiez-vous de ceux qui ont le son du bronze en horreur. Des légendes ancestrales racontent que les cloches ont le pouvoir de mettre en fuite orages, sorcières et autres créatures maléfiques. C'est bon à savoir !


Aurélien SOUSTRE
 





Grâce à l'activité - et à l'agilité ! - d'Aurélien Soustre - il est possible maintenant de faire le point sur les cloches de l'église Saint-Pierre.

Il existe deux cloches d'âge différent et de dimensions et de poids inégaux.
La plus ancienne est aussi la plus petite ; elle date de 1728, donne un Si bémol et pèse approximativement 300 kg pour un diamètre à la base de 800 mm. Elle porte, gravée en latin, une inscription qui, traduite en français, indique:

"Devenue plus grande je ressuscite (je retrouve ma voix ?) et je m'appelle Marie. Grâce à l'aide et aux bienfaits des habitants de La Garde mais en particulier de Claude Puissant, curé du même lieu, de Monsieur Ferréol Faure, secrétaire de tout le mandement, mon parrain, et de Laurence Chouvin ma marraine, épouse de Monsieur Pierre Péllissier, citoyen.
AL BENGUE Maîtres Fondeurs à Grenoble"
 


Cette cloche a été fondue par Pierre AL BENGUE ( ou Al Bingue) qui travailla sur Lyon et Grenoble entre 1723 et 1745*.
D'après l'inscription, il s'agit à l'évidence d'une cloche refaite en plus importante (Resurgo - je ressuscite). Le fondeur a dû reprendre les morceaux de l'ancienne cloche - dont nous ne savons rien - et y a ajouté une certaine quantité de cuivre et d'étain probablement fournie par les habitants (chaudrons de cuisine et vaisselle d'étain) pour fabriquer sur place la nouvelle cloche. Il était en effet absolument impossible de transporter à l'époque depuis Lyon ou même Grenoble, une pièce de 300 kg par des chemins muletiers difficiles en l'absence de toute route. Il en sera de même d'ailleurs de la seconde cloche.

On peut se demander pourquoi cela s'est fait en 1728 ? En fait l'année 1728 est pour les habitants de la France une bonne année. Après les années de guerre et de misère populaire du règne de Louis XIV puis des bouleversements économiques et sociaux de la Régence, la France est gouvernée depuis 1726 par le Cardinal de Fleury, ancien précepteur de Louis XV (qui a eu 16 ans en 1726). Fleury rétablit les finances et l'autorité de l'Etat, dans la paix (la guerre dite de Succession de Pologne ne commence qu'en 1733 et ne touche guère la France "profonde").
Au point de vue économique, l'année 1728 semble aussi avoir été une année favorable. Selon les spécialistes de l'étude des climats, l'été a dû être chaud : la date des vendanges semble avoir été précoce ; elles ont commencé dans des régions relativement fraîches comme La Garde (France du Nord-Est, Suisse romande et Allemagne rhénane) entre la deuxième et la troisième semaine de septembre. Au total donc une bonne année qui permet plus de largesses.


L'autre cloche, baptisée Marguerite-Agathe, fut fondue en septembre 1838. Son poids est d'environ 620 kg pour un diamètre à la base de 980 mm. Elle sonne un La. L'inscription est cette fois en français. Son texte est le suivant :

"Plus la voix du Seigneur est accompagnée de force plus la voix du Seigneur est pleine de magnificement (sic) et d'éclat. Psaume 28
Je m'appelle Marguerite-Agathe. Mon parrain est Monsieur François Vieux Pernon Rochas et ma marraine Marguerite Pélissier son épouse.
J'ai pris naissance en septembre 1838. Je suis la propriété de ceux qui par leurs pieuses libéralités m'ont donné le jour.
Mes principaux bienfaiteurs sont mon parrain et ma marraine pour 800 Fr, Monsieur le Père Brun, curé de la paroisse pour 100 Fr, François Vieux-Pernon, oncle au parrain, pour 100 Fr, Magdeleine Coulet pour 100 Fr, Georges Chalvin de Grenoble pour 100 Fr, Pierre Sonnier feu Pierre pour 145 Fr, Jean Vieux maire pour 40 Fr, Férréol Arnol adjoint pour 40 Fr, André Pélissier père Ribot pour 40 Fr, Louis Vieux Chouvin Maisonneuve pour 40 Fr.
Les noms des autres habitants qui ont donné de moindres sommes sont conservés dans les registres de la Mairie et de la Fabrique de La Garde.
Bonnevie, fondeur à Grenoble. "
 


Cette cloche a, elle aussi, été fondue sur place (la première route reliant La Garde au Bourg-d'Oisans ne date que de 1881). Bonnevie appartenait à une sorte de dynastie de fondeurs de cloches*. Celui qui nous intéresse doit être un certain André Bonnevie.
La mise en place s'inscrit dans le renouveau religieux qui gagne le Dauphiné à cette époque. Pour La Garde, c'est dans ces années que la Commune rachète le Prieuré, vendu comme bien national au début de la Révolution, et que le mobilier religieux, sérieusement amputé, est progressivement complété. La nouvelle cloche est destinée à remplacer les trois cloches fondues en 1793, selon le vœu des habitants.
L'année 1838 est aussi une bonne année, sinon de prospérité, du moins de calme. Après les troubles violents de 1830-31, l'agitation républicaine de 1832 et 1834 (la révolte des Canuts de la Croix-Rousse, l'attentat de Fieschi 1835), les mouvements des royalistes légitimistes dans l'ouest de la France, la monarchie bourgeoise de Louis-Philippe s'installe et le calme revient.
L'année semble avoir été moins favorable, sans être vraiment mauvaise au point de vue du climat. La date moyenne des vendanges pour les mêmes régions qu'en 1728 se situe au début de la première quinzaine d'octobre.

Il peut être intéressant de comparer les deux "dédicaces", celle de 1728 et celle de 1838. Entre les deux, un peu plus de cent années se sont écoulées. Mais la Révolution de 1789 a eu lieu ; ses conséquences politiques, administratives, sociales continuent à se faire sentir. La société a commencé à se transformer et l'on peut dire qu'il y a plus d'un siècle de différence entre les deux dates : c'est toute une mentalité nouvelle qui est apparue. Voyons ce que révèle l'inscription de 1838.
En premier lieu on constate qu'elle n'est plus en latin, langue de l'Eglise depuis le Vème siècle, mais en français. Une formule semble très caractéristique de l'esprit nouveau : "Je suis de la propriété de ceux qui … m'ont donné le jour". Cela évoque les biens nationaux et la confiscation des biens de l'Eglise au profit de la Nation.
Plus importante encore est la partie de l'inscription qui concerne les donateurs. En 1728, le curé figure à la première place, avant même le secrétaire du mandement qui est le parrain de la cloche. Avec la marraine, ce sont les trois seules personnes citées et il n'y a aucune indication sur leurs dons. En 1838, l'inscription détaille les noms des donateurs et leurs dons. En premier lieu, le parrain et la marraine qui ont donné 800 Frs, somme considérable à l'époque (le traitement du secrétaire de mairie-greffier est de 50 Frs annuels en 1839, somme portée à 70 Frs en 1842, plus 12 Frs pour les frais de bureau). Ensuite viennent le curé et les autres donateurs qui ont donné de 145 Frs à 40 Frs ; au total dix personnes nommément citées. Pas question d'anonymat. Au contraire on est, à l'époque, fier de faire savoir que l'on a de l'argent, que l'on fait partie des gens riches - à l'échelle de la Commune. C'est que la France vit sous un régime de monarchie censitaire où seuls ceux qui payent des impôts (à la campagne c'est essentiellement l'impôt foncier) ont le droit de vote, même pour les élections municipales (le cens est d'ailleurs moins élevé pour avoir un nombre d'électeurs plus important). Quant à ceux qui ont donné de trop petite sommes pour que leur nom figure sur la cloche, pour ne pas les fâcher, il est dit que leur nom est inscrit dans les registres de la mairie et de la Fabrique.
Mais une délibération du Conseil municipal de La Garde en date du 26 octobre 1840 donne un autre aspect de la question.

En effet au cours de cette réunion, le Maire se fait autoriser par son Conseil à demander verbalement à tous ceux qui avaient fait des dons ou des legs à l'église paroissiale en 1838 ou antérieurement pour payer diverses dépenses et spécialement l'acquisition d'une grosse cloche, mais qui n'ont pas tenu leur promesse, de s'en acquitter. Ces dons devaient être payés aussitôt que l'acquisition de la cloche serait réalisée ce qui a eu lieu - dit le Maire - en juin 1839. La date est passée. (L'installation de la cloche a-t-elle eu lieu dès 1838, ou après juin 1839, ou plus tard ?)
Mais il y a mieux : le Maire se fait autoriser par son Conseil à poursuivre en justice les récalcitrants, ceux pour qui la demande "verbale" du Maire n'aurait pas eu d'effet. Ce qui semble d'ailleurs parfaitement illégal.
On mesure mieux ainsi combien les mentalités ont changé. C'est déjà une époque où l'argent est roi - et le désintéressement en voie de disparition…


L'église Saint-Pierre aurait pu avoir une troisième cloche. En effet un ancien instituteur, M. Jules Maximin Vieux, originaire de La Garde, mort en août 1917, avait légué à la Commune une somme de 10.000 Fr-or. Cette somme assez considérable était destinée à l'achat et à la pause d'une horloge monumentale à placer sur le clocher de l'église avec quatre cadrans "pouvant aller huit jours sans être remontée" et à l'achat d'une cloche d'un poids minimum de 1.000 kg pour la sonnerie de l'horloge et "autres sonneries", et aux travaux nécessaires sur le clocher. Malheureusement l'inflation que connut la France après la fin de la première guerre mondiale rendit très vite le legs très insuffisant. Aussi le Conseil et son Maire abandonnèrent l'achat de la cloche et l'élévation du clocher (beffroi?) nécessaire pour l'installer : on se servira des cloches déjà installées depuis longtemps (septembre 1921). Puis ce fut le tour de l'horloge ; avec sa pose et la restauration du clocher nécessaire, il y en avait déjà pour plus de 30.000 Fr (août 1922). Finalement les 10.000 Fr, bien dévalués (le franc avait perdu les quatre cinquièmes de sa valeur) furent utilisés en souscription à l'emprunt Bons du Trésor 5% 1924 à dix ans. Mais ce n'était, pour la municipalité, qu'en attendant "que les choses reprennent un prix normal" (décembre 1924), ce qui ne se produisit jamais ! C'est ainsi que le clocher de l'église Saint-Pierre n'eut ni troisième cloche, ni horloge, et que son clocher ne fut pas touché !




*Source : G. VALLIER, Inscriptions campanaires du département de l'Isère, 1886
 




Petite cloche : "Marie" - année 1728 - 300 kg


Beffroi en charpente, contreventé latéralement


Grosse cloche : "Marguerite-Agathe" - an 1838 - 620 kg


Marque du fondeur Albengue


Couronne de la petite cloche


Couronne de la grosse cloche


Roues de sonnerie, beffroi et baies


Beffroi en charpente


Marque de Bonnevie, fondeur à Grenoble


Battant "poire" du XVIIIe siècle, déposé



 
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