Au coeur de l'Oisans et en fond, le massif du Taillefer  Passage du Tour de France cycliste 2003   église prieurale Saint-Pierre et route d'Huez  La marmotte des Alpes
 
De altis rupibus meis gardo 
Mairie de
La Garde-en-Oisans 

Commission Histoire de la Commune
 


Sous la direction de Pierre GANDIT,
Maire et Président de la Commission Histoire de la Commune



L’école de la Garde en Oisans



1840-1914



d’après les registres de délibérations
du Conseil Municipal




Août 1998




Dossier établi par Albert MARTOUREY,
Vice-Président de la Commission Histoire de la Commune.
Avec la participation de Nathalie VIEUX-PERNON, Justin GRAND et Roger VAREY.
 









Lorsque Napoléon abdique en 1815, l’enseignement primaire en France est dans une situation catastrophique. L’Empereur l’a, si l’on peut dire, délibérément abandonné. Seuls les lycées l’intéressaient en tant que pépinières d’officiers et de fonctionnaires dont il avait besoin. On estime qu’à peine un quart des enfants en âge d’être scolarisés, et presque uniquement des garçons, recevaient une instruction élémentaire. L’enseignement était devenu un véritable privilège des classes riches.

Une amélioration était apparemment peu envisageable. Les classes dirigeantes, bourgeoisie et grands propriétaires, dont les enfants, pour leur part, étaient instruits, ne tenaient pas du tout à une généralisation de l’instruction. L’Eglise, dont le rôle était si important avant la Révolution, n’y était guère plus favorable : marquée par les événements tragiques qu’elle avait vécus elle était profondément hostile aux idées nouvelles ; de plus elle manquait maintenant de religieux voués à l’éducation et de moyens financiers ; quant aux paysans et aux premiers ouvriers de l’industrie naissante, ils étaient d’abord occupés à survivre matériellement et de toute façon, même s’ils avaient souhaité que l’enseignement se développât, ils n’avaient guère de possibilités politiques de se faire entendre…

Et pourtant, peu à peu, lentement d’abord, puis de plus en plus nettement, pendant tout le XIXème siècle, l’idée de la généralisation de l’instruction ne va cesser de progresser, comme celle de la Démocratie dans la vie politique, dans toute la société française. C’est qu’en effet, les deux sont étroitement liées.

L’analphabétisme qui semblait normal, dans les années 1815-20, va apparaître comme inacceptable dans une société moderne.

Ces idées vont être à l’origine du mouvement des membres des classes dirigeantes qui, à la tête de l’Etat, vont être capables de surmonter les égoïsmes particuliers. Par des lois, des ordonnances, des décrets successifs, ceux-ci vont mettre en route une politique nationale d’extension de l’enseignement de tous les enfants. Il faudra six à sept décennies avant l’aboutissement à un enseignement public, gratuit et obligatoire.
Sans entrer dans tous les détails de ces textes on peut citer au départ une ordonnance de Louis XVIII de février 1816, suivie d’une ordonnance de Charles X de février 1830. Puis ce sont de grandes lois qui se succèdent, telle la loi Guizot de juin 1833, la loi Falloux de mars 1850, la loi Duruy d’avril 1867, enfin les lois postérieures à 1870, les plus connues d’entre elles étant les lois de Jules Ferry de 1881, 1882 et 1886. On part de la formule : « les parents sont tenus d’envoyer leurs enfants à l’école s’ils ne reçoivent pas d’instruction à domicile »(1816) et on aboutit à l’enseignement obligatoire de 6 à 13 ans, gratuit pour tous, laïc et assuré par des instituteurs nommés et payés par l’Etat (1889). Chaque texte reprend les idées du précédent, les précise, surtout les complète et envisage de nouveaux aspects de la question. La progression est continue et il n’y a pas de retour en arrière. Pour quel magnifique résultat…

Des généralités passons à l’application locale. Comment dans notre petit village montagnard de la Garde-en-Oisans, la généralisation de l’instruction s’est-elle réalisée tout au long du XIXème siècle ? Nous avons réalisé cette étude à partir des délibérations des Conseils Municipaux de l’époque, de 1840, date ou commence le premier registre conservé de ces délibérations jusqu’en 1914. Certes ce ne peut être «la source » d’une étude exhaustive de la question, mais ces documents, souvent bien terre à terre, sont révélateurs de la vie de la population et de l’application pratique des lois que nous avons évoquées.

A quelle date peut-on fixer le début de l’enseignement primaire à la Garde-en-Oisans ? Le premier document nous renseigne en fait sur le bâtiment, l’école de la Garde. En mai 1841, le Maire de l’époque, Pierre CHALVIN, rappelle aux conseillers Municipaux (ce sont les élus des habitants les plus imposés) que la Garde fait partie du petit nombre de communes qui sont privées «d’une maison d’école spécialement destinée à cet usage ». La construction d’une école serait donc «des plus urgentes et des plus nécessaires pour le bien et l’avantage de l’instruction publique de la Jeunesse ». Belles paroles que les Conseillers approuvent à l’unanimité. Mais l’un d’eux observe cependant que «le local communal situé à la place publique, chef-lieu de la Commune, est très convenable ».

Ce qui signifie qu’il existe déjà un local où l’enseignement des enfants est assuré. Mais par qui et comment ? Il s’agit très probablement de ces «maîtres d’école », qui assurent aux enfants, moyennant rétribution, un minimum d’instruction. Ils sont souvent originaires des Hautes Alpes, passent facilement d’un village à un autre et souvent peu instruits eux-mêmes, n’assurent sans garantie que de maigres connaissances. Mais faute de mieux c’est le système utilisé partout… par les parents qui ont quand même quelques ressources. Le principe de la construction d’une école est certes voté (le Conseil demande même au Préfet l’envoi d’un architecte pour établir un devis !) Mais l’affaire tombe à l’eau, faute de ressources suffisantes probablement. On n’en entendra plus parler et c’est seulement près de cinquante ans plus tard que sera enfin construite l’école de la Garde ! ! !

Le véritable enseignement primaire public apparaît seulement en 1845. Le 1er décembre de cette année-là, le Maire informe son Conseil que le 7 novembre précédent le Préfet a ordonné à Monsieur MATHIEU, inspecteur des écoles primaires de l’arrondissement de Grenoble «de pourvoir immédiatement la Commune de la Garde d’un instituteur ». Il s’agit d’un certain Monsieur François BELLET, natif du Fresnay, nanti d’un brevet de capacité comme la loi l’exige et «de tous les certificats requis ». La lettre du Préfet prie le Conseil d’accepter ce nouvel instituteur mais prévient qu’en cas de refus l’instituteur prévu sera nommé d’office !

C’est la méthode autoritaire ! D’où pas mal de réticences parmi les Conseillers, l’un évoque »l’éparpillement de la commune », l’autre la faiblesse de ses ressources. Mais «pour montrer sa bonne volonté et sa soumission à l’autorité supérieure, le Conseil veut bien faire l’essai d’une école communale ». Ce n’est pas l’enthousiasme mais le Maire, l’Adjoint, les Conseillers savent bien que le préfet, tout puissant, peut les révoquer et suspendre le Conseil sans problème. De toute façon c’est fait ! Désormais la Garde aura son instituteur…jusqu’en 1971. Voilà le vrai début de l’école publique de la Garde.

Comment en est-on arrivé là ? C’est tout simplement l’application de la loi Guizot de juin 1833 ; qui dit que «toute commune est tenue, soit par elle-même soit en réunissant une ou plusieurs communes voisines, d’entretenir au moins une école primaire élémentaire. La loi fixe aussi les diplômes requis pour les maîtres, leurs traitements, la somme demandée aux parents car l’école n’est pas gratuite, les programmes d’enseignement, la surveillance de l’école par le Maire et le curé ; elle prévoit enfin le financement des dépenses scolaires par les municipalités. Un texte très complet donc ; mais qui ne concerne que les écoles de garçons. L’école peut être publique ou privée, mais il doit y en avoir une. Or douze ans après la publication de la loi, la Garde n’en a toujours pas. Le Préfet a sans doute dû en avoir assez, surtout de la part d’une commune qui voulait construire une école mais ne se souciant guère d’avoir un instituteur public !

L’application des lois va se poursuivre. A partir de novembre 1848 une délibération annuelle fixe le nombre d’enfants issus de parents indigents admis gratuitement à l’école et le prix demandé aux parents pour l’instruction de leurs enfants.

A partir de mai 1850 en application de la loi Falloux (qui ne datait que de mars de la même année) ce seront les budgets de l’école, - dépenses et ressources pour y faire face – qui seront annuellement exposés au Conseil. Tout cela durera jusqu’à la mise en application des lois ferry de 1881 et 1882.

Entrons maintenant dans les choses concrètes.
Le bâtiment scolaire d’abord.
Disons tout de suite que la Commune n’a pas les moyens, avant 1887, de faire construire une école neuve ; elle utilise donc des locaux loués à cet effet, qui servent également en même temps de logement de l’instituteur, lequel doit être assuré par la Commune. Le problème est de trouver un emplacement assez central par suite de «l’éparpillement de la commune », bien que les enfants des hameaux les plus éloignés ne viennent pas à l’école par suite des difficultés des chemins, surtout en hiver. Ceux de Vieille Morte vont à la Paute, ceux de Maronne, - le Châtelard, le Séchier, le Rosai – sont instruits sur place probablement par des «maîtres d’école » payés par les parents car «les chemins sont continuellement obstrués par des monceaux de neige », au moins en hiver, saison principale de l’école. De plus le local varie selon ce que le Maire trouve à louer et l’état des locaux.

Au début, la maison d’école se trouve «à la place publique ». Plus tard, en février 1856, l’instituteur s’étant plaint du fait que son logement est inhabitable et que la salle de classe est très humide, le Conseil vient se rendre compte sur place, reconnaît les faits et trouve un autre local, qu’un des Conseillers peut justement louer ! C’est «dans le bas de la Garde, au lieu-dit Rue d’en Haut ». Finalement c’est la Ville qui se révèle l’endroit le mieux placé pour les enfants, du »chef-lieu », du Ribot et des Armentiers. Tellement bien qu’en février 1883, le Conseil demande qu’une boîte aux lettres soit établie à la Ville «afin que les enfants chargés par leurs parents d’y mettre des lettres ne soient pas obligés d’aller jusqu’à la porte de l’église où se trouve la seule boîte ». C’est à la Ville que finalement, en août 1886, le Conseil décidera de construire l’école, ai lieu-dit Fontvieille, sur un terrain de pré-verger de 830 m², payé au prix de 700 francs. Le devis de l’ouvrage voté en mai 1887 s’élève à 16 400 francs. L’architecte est le «conducteur des Ponts et Chaussées » du Bourg d’Oisans, Monsieur RICHARD. Les travaux doivent se terminer à la fin de 1887 ou au début de 1888 mais nous n’en avons pas de trace dans le registre des délibérations.

Peu avant la Garde avait failli avoir une deuxième école.
En effet, en novembre 1883 les habitants de Maronne, sans doute intéressés par la gratuité de l’enseignement établie par la loi Ferry, demandent la création d’une école publique à Maronne en s’appuyant sur la loi Duruy de 1867, dont l’article 2 prévoyait la possibilité de créer des écoles de hameau, «en raison des circonstances ». Ils établissent donc un dossier fort complet, insistant sur ces «circonstances particulières » : topographie de la commune mentionnant pour chaque hameau de Maronne la distance jusqu’à l’école de la Ville, le nombre d’habitants (80) et le nombre d’enfants scolarisables (15 à 20 de 5 à 13 ans), l’altitude des hameaux et l’importance des chutes de neige. Ils ont même trouvé un local et une institutrice adjointe pourvue des diplômes nécessaires. Le Conseil donne son accord, vote des crédits pour le fonctionnement de l’école au dernier trimestre 1885 et espère que le Préfet fournira l’argent nécessaire pour l’année 1886. Le Préfet semble avoir donné un avis favorable en septembre 1886, mais l’affaire n’a pas de suite. Maronne n’aura jamais d’école et les petits écoliers iront, gratuitement, à celle de la Garde.

L’école de la Garde restera longtemps très pauvre, à l’image de la commune. Les crédits votés par le Conseil Municipal le prouvent : en 1870, 100 francs pour compléter les 120 francs accordés par le Préfet pour l’acquisition du mobilier qui manque à l’école ; en 1872, 32 francs pour acheter une garde-robe bibliothèque en bois blanc ; en 1874, 40 francs complétés par 20 francs de la Préfecture pour acheter une horloge communale qui sera installée à l’école. En 1878, puis en 1879, le Conseil se plaint que les livres classiques de la bibliothèque sont «hors d’usage », que l’école n’a pas «le nécessaire métrique pour l’enseignement dudit système, ni de globe terrestre pour l’enseignement de la géographie ». La collection des tableaux de lecture est «incomplète et dans un état déplorable ». Chaque fois c’est l’appel au Conseil Général ou au Préfet pour qu’il vienne en aide à la Commune.

Les instituteurs maintenant. Ils doivent être âgés au moins de 21 ans accomplis et pourvus d’un brevet de capacité depuis la loi Guizot. Ils sont d’abord nommés par le Conseil Municipal sur une liste d’admissibilité et d’avancement dressé par le Conseil Académique (sauf en 1845 !). C’est le cas sous la II ème République. Puis ils sont nommés par le Préfet avec information du Conseil Municipal. Finalement, à partir de 1900, les registres de délibérations ne font même plus mention de ces nominations. Le Conseil Municipal n’est même plus informé officiellement.
De 1845 à 1909 nous avons trouvé quinze instituteurs à la Garde. Leur lieu de naissance n’est pas toujours indiqué mais pour la moitié de ceux que l’on connaît, ce sont des gens du pays : Le Freney, Auris, Villard-Reculas, Oz, Ornon (deux fois). Les âges sont connus à partir de 1854. Les deux extrêmes s’y rencontrent : la plupart sont très jeunes, tout juste sortis de l’Ecole Normale, 20-22 ans.
Deux sont très vieux, l’un a 71 ans, l’autre prendra sa retraite après deux ans d’activité. Il n’y a que deux cas d’âge moyen ; de toute façon leur séjour à la Garde est court. Deux seulement sont restés dix ans et plus. Un autre a dû refuser son poste car il est remplacé un mois après sa nomination par un «instituteur provisoire ». La plupart restent deux ou trois ans. Parmi ces instituteurs, il y a tout de même deux institutrices : l’une née à Allevard reste de novembre 1854 à décembre 1855, l’autre a dû enseigner en 1908-1909. Il faut dire que le poste n’a rien de folichon, surtout en 1854 où il n’y même pas encore de routes. De plus, la population ne doit pas leur faire bon accueil. En 1909 un certain nombre de parents demande au Conseil que l’institutrice soit remplacée par un instituteur. Il ne s’agit pas de qualité d’enseignement mais d’autorité.
Et le Conseil, uniquement composé d’hommes, s’empresse de déclarer, pour appuyer la requête, que «la prépondérance de l’autorité sur les élèves d’une école mixte semble incontestable et que la discipline et la bonne marche des études n’auraient qu’à gagner au transfert dont il s’agit ». Autrement dit, rien ne vaut une bonne taloche administrée par une main d’homme pour faire tenir tranquilles certains garnements !

Le Maire y ajoute des considérations assez hypocrites sur les difficultés de ces jeunes filles isolées pour aller faire leurs commissions et sur leurs demandes pour obtenir un changement rapide, «ce qui ne procure pas d’avantages aux élèves ». Et le Conseil obtient satisfaction !

Combien gagnent ces instituteurs ? Leur traitement minimum, au début de notre période est de 600 francs, il s’élève régulièrement jusqu’à 1 200 francs minimum et 2 200 francs maximum, peu avant 1914. La municipalité leur paye aussi le logement (50 francs le plus souvent), mais de quelle qualité ! Les institutrices sont nettement moins payées, d’un bout à l’autre de notre période : 900 francs quand les instituteurs en touchent 1 200 et en plus elles doivent assurer des travaux de couture, ce que ne fait pas l’instituteur, obligeant la commune à payer (80 francs par an) une «maîtresse de couture ». L’élévation des traitements finit par coûter trop cher aux communes si bien qu’en 1889, l’Etat prend entièrement à sa charge les traitements des instituteurs et institutrices : ils sont pleinement fonctionnaires. A vrai dire jusque là, c’était le Département ou le Ministère qui complétait le budget des communes pour assurer le traitement des instituteurs.

Les instituteurs dépendent du Ministère de l’Instruction Publique, du Recteur, de l’Inspecteur d’Académie, du Conseil Départemental de l’Instruction Publique, et des inspecteurs départementaux des écoles primaires, corps créé en 1835. Mais sur le plan local l’instituteur dépend aussi du Maire et du Curé, chargés de la surveillance et de la direction morale de l’enseignement. Les lois Ferry supprimeront le rôle du curé en établissant un enseignement public laïc, c’est à dire neutre en politique, philosophie et religion.

Passons aux élèves.

Ecole de La Garde – Année 1955

De gauche à droite en commençant par la rangée du haut :

Marcel Mathonnet, Eliane Vieux-Combe, Melle Ravix, Gilberte Vieux, Madame Ravix, Bernard Vieux-Combe, Simone Mathonnet, Michel Brichet, Georges Vieux-Pernon, Maurice Emieux, Jean-Pierre Emieux, Jacqueline Brichet, Roger Vieux, André Mathonnet, Pierre Grand, Jacques Rajon.  
Année 1955 


Combien l’école de la Garde reçoit-elle d’élèves ? Nos documents ne le disent pas mais de toute façon, le chiffre ne serait pas significatif puisque ne vont à l’école que les enfants dont les parents peuvent payer la «rétribution scolaire » jusqu’en 1882, et que les enfants de Maronne n’y vont pas.

Le prix de l’instruction est assez élevé ; au début c’est 1,40 ou 1,50 francs par mois pour les enfants sachant déjà lire, 1,10 pour les débutants. A partir de 1867 il y a un tarif «d’abonnement » à l’année (5 puis 9 francs) et un tarif mensuel pour les enfants ne fréquentant l’école que quelques mois (2,50 francs). Cependant en application des lois, l’école de la Garde comme celle de toutes les communes de France, accepte un certain nombre d’enfants de parents pauvres qui ne payent rien. En 1848, première année où cela se fait à la Garde, ils ne sont que trois «en égard au petit nombre d’enfants dont l’école sera composée ». Le nombre ne change guère, trois ou quatre, jusqu’en 1861. Il s’élève ensuite brusquement à douze en 1862 et cela jusqu’en 1867.

Par la suite, il oscille entre quatre et douze jusqu’à la disparition de cette catégorie avec la gratuité généralisée.

Le choix des enfants admis gratuitement est fait par le Maire et le Curé ensemble, en général à la fin de l’année : novembre-décembre ou en février. Nous ignorons les critères de ce choix. Les élèves admis reviennent souvent plusieurs années de suite.

Peut-on cependant estimer le nombre d’enfants qu’il aurait pu y avoir, ou qu’il y avait réellement, à l’école de la Garde ?
Assurément, par le nombre de naissances annuelles, pendant six années successives, temps normal d’une scolarité.
Ainsi de 1843 à 1852 avec près de dix naissances en moyenne par an (97 en dix ans) l’école de la Garde aurait pu accueillir une soixantaine d’élèves à la fois ; nous savons qu’il n’en fut rien : heureusement pour l’instituteur !

Par la suite la natalité baisse : avec 8 à 9 naissances par an entre 1853 et 1872, 6 à 7 entre 1873 et 1883 l’école aurait pu accueillir quarante à cinquante enfants. Avec la gratuité et l’obligation, le nombre d’enfants à l’école doit être égal à celui des enfants en âge de scolarité (de 6 à 13 ans selon la loi). Mais la natalité étant tombée à 45 enfants en dix ans, de 1883 à 1892, puis de 1893 à 1903, (avant de remonter à 50 entre 1903 et 1912), l’école doit alors compter une trentaine d’élèves en moyenne. Mais ces élèves sont de tous les niveaux ; l’instituteur doit à la fois apprendre à lire et à écrire aux plus petits, perfectionner les autres et préparer les plus grands au Certificat d’études en application de la loi Ferry de mars 1882 (les enfants peuvent y être présentés dès l’âge de 11 ans et en cas de réussite, ils sont dispensés de poursuivre leurs études jusqu’à 13 ans.) Lourde tâche pour l’instituteur qui doit faire travailler ensemble tout ce petit monde, plus pressé de s’amuser que de s’appliquer !
On comprend que l’instituteur se fasse parfois aider par ses élèves les plus avancées et les plus sérieuses (car il s’agit essentiellement de filles) qui, lorsqu’elles ont fini leur travail, commencent à apprendre à lire et à écrire aux plus petits. Ce qu’elles font de bon cœur, heureuses d’avoir été distinguées par le maître !

Mais l’école de la Garde ne reçoit pas que des enfants.
L’instituteur s’occupe aussi d’un cours d’adulte, prévu par la loi Falloux. Il en existe un à la rentrée 1880 et il est «fréquenté assidûment par un certain nombre d’auditeurs » nous dit une délibération de février 1882 qui vise à faire obtenir pour l’instituteur une indemnité de 60 francs pour ce supplément de travail sur les fonds de l’Etat. Ce cours fonctionne en 1881-82 mais on n’en entend plus parler par la suite. Comme l’instituteur qui l’assurait est parti en retraite à la fin de l’année 1882, nous ignorons si son successeur a repris le travail.

Combien de temps dure l’année scolaire ? Officiellement elle va du 1er octobre au 31 juillet. Mais nous sommes à la campagne et il y est de tradition que la présence des élèves commence avec la fin des travaux agricoles à la Toussaint ou à la Saint Martin (11 novembre) et cesse à la reprise de ces mêmes travaux, vers Pâques en général à une époque où les hivers étaient beaucoup plus rudes qu’aujourd’hui. Chose curieuse les nominations des instituteurs de la Garde sont toujours très tardives vers le 10 novembre, parfois même en janvier de l’année suivante (ainsi en 1850 et en 1877) ; rares sont les nominations en octobre (trois fois seulement). L’école commençait-elle avant les nominations officielles des instituteurs ? Ce n’est pas impossible. Ou bien la Garde était-elle la dernière servie par les bureaux de l’Académie.

Qu’enseignait-on aux enfants ? Un programme avait été fixé très tôt, dès la loi Guizot de 1833. Mais la loi Falloux de 1850 qui le précise explicitement en distinguant ce qui est obligatoire de ce qui est possible. L’obligation c’est l’instruction morale et religieuse (en premier), la lecture, l’écriture, des éléments de la langue française, le calcul et le système légal des poids et mesures (adopté, rappelons le, par la Constituante de 1791 !)
Le possible c’est l’arithmétique appliqué aux opérations pratiques, les éléments de l’histoire et de la géographie, «des notions de l’histoire naturelle et des sciences physiques applicables aux usages de la vie », des «instructions élémentaires sur l’agriculture, l’industrie et l’hygiène, l’arpentage, le nivellement, le dessin linéaire, le chant et la gymnastique ».

Grâce à Duruy, l’histoire et la géographie entrent en 1867 dans la partie obligatoire d’où la demande d’un globe terrestre.

Les lois Ferry suppriment l’instruction religieuse, mais pas l’instruction morale : se rappeler l’inoubliable Topaze de Pagnol. Elles élargissent le nombre de matières enseignées : il n’y a plus de matières possibles. Aussi le programme de 1882 prévoit-il trente heures de classe hebdomadaires soit trois heures le matin et trois heures l’après-midi pendant cinq jours, la loi Ferry ayant inventé «le Jeudi sans école » pour permettre l’enseignement religieux. Au total les petits écoliers ont des semaines bien chargées et on ne parle pas alors de surmenage scolaire ! Il est donc nécessaire de recourir à un emploi du temps, d’ailleurs inventé par Duruy, qui fixe de façon rigoureuse les activités de chaque journée.

Dernier point : qu’est-ce que l’école primaire a coûté à la commune ?
Laissons de côté la construction du nouveau bâtiment. Regardons seulement ce que chaque année le fonctionnement de l’école coûte à la Commune, c’est-à-dire aux habitants sous la forme des contributions qui alimentent le budget communal et de la rétribution scolaire.
Nous sommes bien renseignés sur ce chapitre puisque chaque année depuis 1850 le Conseil Municipal, en application de la loi Falloux (il n’a fallu que deux mois pour que cette loi soit respectée !), discute et vote le budget de l’école.
Cela s’appelle d’abord les «dépenses ordinaires des écoles publiques », puis les «dépenses pour l’enseignement », puis «les dépenses pour l’école primaire communale », puis les «dépenses relatives à l’instruction primaire ». Les références changent : ce n’est plus la loi Falloux, mais la loi Duruy, puis toutes les lois, décrets et circulaires des Ministres de l’Intérieur et de l’Instruction Publique de 1875 à 1881. Mais, à chaque fois, le système demeure le même. Tous les ans, en février ou en mai, le Conseil examine les dépenses de la commune pour son école et s’efforce de trouver les ressources pour y faire face car, à l’époque, dépenses et recettes doivent obligatoirement être équilibrées.
Les dépenses sont constituées par le traitement de l’instituteur, pendant longtemps de 600 francs, et par la location de la maison d’école et du logement de l’instituteur. Dans ce dernier cas, le chiffre est très variable : on trouve un minimum de 20 francs pour les deux, mais le plus souvent c’est 60 et même 100 francs ; au total 620 francs au moins, le plus souvent jusqu’en 1870, 700 francs.
Les recettes viennent d’un «prélèvement sur les recettes de la commune », au début, très vite remplacé par une imposition spéciale de trois centimes additionnels sur le principal des quatre contributions directes, prévue par la loi Falloux.
La somme reste faible : de 65 à 80 francs. La principale ressource est le produit de la rétribution scolaire payée par les parents. Le chiffre en est très variable et augmente assez régulièrement 100 francs vers 1849-51, 140-150 francs vers 1856, 180 francs en 1854 et 1859, 230 francs en 1868, 300 francs en 1871. Mais le chiffre, calculé sur les recettes de l’année précédente, manque parfois dans la délibération du Conseil : il semble alors être compté pour 0.
De toute façon les recettes sont bien insuffisantes pour couvrir les dépenses. Qu’à cela ne tienne ! Le Conseil applique alors la disposition de la loi Falloux prévoyant que les municipalités pourront faire appel au Conseil Général ou à l’Etat pour combler le déficit. C’est ce qui se produit chaque année.
Le compte de l’école se termine rituellement par une demande pour que l’Etat ou le Conseil Général veuille bien prendre à sa charge, le complément nécessaire. La somme est parfois faible : 296 francs en 1855, mais le plus souvent bien supérieure de 400 à 600 francs (605 en 1865, 426 en 1867, 592 en 1870). Parfois l’arithmétique élémentaire est erronée dans ces comptes en 1860 les dépenses sont fixées à 680 francs alors que le calcul donne 700, et l’appel à subvention à 435,57 francs, ce qui aboutit à un total de dépenses de 701,34 francs ! Bref, la Commune de la Garde ne fait payer à ses contribuables que le tiers à peu près de la dépense.
Après 1870 et jusqu’en 1889, le système change peu. Les dépenses s’accroissent avec l’augmentation du traitement des instituteurs : 900 francs puis 1 000 francs, puis 1 200. A partir de 1881, la loi permet une imposition supplémentaire pour l’école sous forme d’un quatrième centime additionnel, souvent ajouté aux trois autres. En même temps, la dépense de la commune s’accroît d’une somme de 1 franc par élève admis gratuitement et par mois de fréquentation de l’école. Cette somme étant attribuée à l’instituteur et entrant dans le complément de traitement versé pour arriver à son niveau légal. D’où une présentation des plus compliquées au budget de l’école. Le traitement de l’instituteur est ramené à sa base de 200 francs comme vers 1850. S’y ajoutent la location de l’école puis la rétribution pour les élèves admis gratuitement, pour le supplément accordé à l’instituteur pour qu’il obtienne son minimum légal (900 francs en général). Les recettes sont les impositions spéciales, groupées ou séparées, la contribution des parents (rétribution scolaire) et évidemment, la subvention de l’Etat ou du Département. Le rédacteur de la délibération de 1878 s’y perd même dans ses calculs !
En définitive, la part de la subvention de l’Etat atteint 52 % des dépenses en 1877, 54 % en 1879 ; 52,8 % en 1880 ; 66,4 % en 1881 et même 84,5 % en 1882.
Ce sont 917 francs en 1881 et 1 217 francs en 1882 qui sont nécessaires pour boucler le budget.
Ce budget de 1882 est le dernier budget de l’école inscrit dans le registre des délibérations. Par la suite il doit s’intégrer dans le budget général de la Commune. Finalement, en 1889, l’Etat prend à sa charge le traitement des maîtres, sans abandonner pour autant la différence entre instituteurs et institutrices ! La Commune en fait y gagne puisque ce traitement des maîtres, plus grosse dépense du budget de l’école, était pratiquement payé par l’Etat. Il reste à la Commune à fournir et à entretenir les bâtiments scolaires, le chauffage, l’éclairage et le matériel scolaire, et à procurer un logement à l’instituteur ou une compensation financière. A la Garde, le logement prévu au-dessus de la salle de classe permet de satisfaire sans difficulté à cette obligation.

Ainsi naquit et se développa l’école de la Garde. Elle apporta le minimum d’instruction nécessaire à ses habitants et permit même à quelques-uns uns de faire de brillantes carrières. La période après la Première Guerre Mondiale ne fut pas marquée par de grands changements. La natalité ne se releva pas, l’exode vers la ville ayant de plus en plus réduit le nombre de jeunes habitants.
Et l’école peu à peu vit fondre le nombre de ses élèves : ils étaient encore 18 en 1955 ; et finalement, l’échéance fatale arriva. L’école de la Garde fut fermée «provisoirement ». Il n’y eut plus de rentrée scolaire en 1971.
 


PATOIS DE LA GARDE-EN-OISANS

Lous afants allavant surtout à l’écola l’huver. Que lous de Marena adusiant leur mindgir et le farant tchoufâ sur le poualé de la classi. Lous afants djoudjavant din la cour avé la né.

La y iay qu’ura seula classi. La métreissa apprestave lous meillous au Certificat.

Avé l’écolo, u savant tous leiré et conta. Mai, per quouque uns, l’éré pas toudjours facilou ! ! !



En français :

Les enfants allaient surtout à l’école pendant l’hiver. Ceux de Maronne amenaient leur manger et le faisaient chauffer sur le poêle de la classe. Les enfants jouaient dans la cour avec la neige.

Il n’y avait qu’une seule classe. La maîtresse préparait les meilleurs au Certificat d’études.

Avec l’école, tout le monde savait lire et compter. Mais, pour certains, ce n’était pas toujours facile ! ! !
 




ETAT CIVIL DE LA GARDE-EN-OISANS pour 1898



NAISSANCES

12 janvier à l’Armentier-le-Haut, Eugénie Angélina Marcelle BONNARD, mariée à Jean Prosper CHARREL, décédée le 7 mai 1929 à la Garde

4 mars à Maronne, Joseph Marius Charles EMIEUX, marié en 1923, décédé à Maronne le 26 octobre 1966.

7 avril à Maronne, Georges Jean Prosper CHALVIN, décédé à Villard-Bonnot le 4 février 1971.

19 avril à la Garde, Marthe Elodie Olympe PELISSIER, mariée en 1919 avec Paul PERRIER, décédée à la Garde le 28 décembre 1975.

24 septembre à Vieille Morte, Louis Auguste BRUN, décédé à la Tronche le 23 octobre 1950.

12 décembre à l’Armentier, Hyppolyte Pierre CELESTIN, marié en 1921 au Mont-de-Lans, décédé à Tullins le 24 juillet 1997



MARIAGES

21 avril Georges Calixte Emile VIEUX-COMBE et Célina Sylvie VALLET.
2 juillet Michel MARIETTON et Louise GIRAUD.
23 juillet Eugénie Louis Marius PERRIER et Louise Emma Célestine PELISSIER.
4 août Gustave VINCENT et Marie Delphine Lidi VIEUX-COMBE.
8 septembre Gustave Alexis Alphonse GUERAUD et Joséphine Célina CHOUVIN.



DECES

Jacques Félix VIEUX dit BRIGONDET : décédé le 25 février, 63 ans, cultivateur à l’Armentier-le-Bas, veuf.

Hippolyte VIEUX-PERNON : décédé le 2 avril, 65 ans, cultivateur à l’Armentier-le-haut, marié à Angélique VIEUX-PERNON.

Agathe ROSTAING : décédée le 16 juillet, 72 ans, ménagère à la Ville, née à Oz, épouse de Philippe SARRET, cultivateur.

Un enfant mort-né, fille de Louis Pierre Eugénie VIEUX et de Marie CHALVIN à la Ville.

Emilienne Joséphine VIEUX : décédée le 26 août, 62 ans, ménagère à la Garde, épouse François CHOUVIN, 80 ans.

Jean VIEUX : décédé le 1er septembre, 78 ans, cultivateur à l’Armentier-le-Haut, époux d’Emilie VIEUX-COMBE, 76 ans.

Martial Alphonse MEUNIER : décédé le 18 septembre, 22 jours, né aux Essoulieux, fils d’un marchand tailleur domicilié à Grenoble, décédé dans la maison de son grand-père à La Garde.

Léon Honoré PORTE : décédé le 2 novembre, 37 ans, cultivateur au Rosai, né à la Garde, époux de Marie CHALVIN, 35 ans.

Etienne Félix GRAND : décédé le 19 novembre, 60 ans, cultivateur au Rosai, né à la Garde, époux de Philomène ALEXANDRE, 59 ans.
 



 
  Plan du site - La Garde en Oisans 38520 - http://www.lagardeenoisans.com - site non-officiel - © 2004 Aurélien SOUSTRE =====>> Contact